Témoignage d’Isabelle, pour sa fille Delphine décédée à 26 ans

Delphine a 26 ans mais n’a plus que quelques semaines de vie devant elle. Elle sourit sur cette photo, ne se doutant de rien. Elle est comme on dit « en bonne santé ».

Le 11 juillet 2009, elle présente subitement tous les symptômes d’un malaise et s’effondre à Clermont Ferrand en arrivant chez les parents de Fabien, son compagnon.

Elle restera ainsi 19 jours dans le coma entourée de Fabien et de nous ses parents. Le diagnostic est tombé : embolie pulmonaire massive…C’est-à-dire qu’un caillot s’est formé et a migré jusqu’à l’intersection de l’artère pulmonaire créant une asphyxie des poumons.

Le cœur s’arrête alors par manque d’oxygénation. L’équipe médicale du CHU de Clermont-Ferrand ne la réanimera qu’au bout de 5 minutes…Cinq minutes pendant lesquelles le cerveau lui aussi aura manqué d’oxygène. Les séquelles sont alors irréversibles ce que confirmeront scanner et IRM.

Delphine est une jeune femme active, brillante, souriante, pleine d’avenir.

Elle ne fume pas, ne boit que dans de rares occasions, pratique l’équitation pour son plaisir ainsi que les randonnées en pleine air avec ses 2 chiens.

Delphine après de brillantes études à Sciences Po à Aix en Provence, a passé des concours de la fonction publique et débute une carrière prometteuse dans la région parisienne. Tant de ténacité, de travail acharné…

Dès le début, les médecins évoquent la contraception orale comme facteur probablement à l’origine de cette embolie si soudaine. Des tests sanguins  confirmeront un déficit en protéine S. Il en résulte que Delphine n’aurait pas dû être orientée vers ce choix contraceptif.

Alors nous, ses parents, Fabien son compagnon, ses sœurs Vanessa et Virginie, ses amis essayons tous de comprendre ce drame que le destin nous impose.

Pourquoi ce manque d’information concernant les risques encourus par certains groupes de personne  lors de la prise de la contraception hormonale?

Depuis son décès, lorsque nous évoquons le cas de notre fille auprès de personnes du monde médical, chacune avance immédiatement l’hypothèse de la prise de la pilule comme étant le facteur probable de cet accident.

Nous ne pouvons admettre qu’elle et tant d’autres jeunes filles et femmes soient laissées dans l’ignorance de ce risque à une époque où l’on revendique le principe de précaution.

La pilule contraceptive reste une méthode efficace et un choix possible pour de nombreuses jeunes femmes comme moyen de maîtriser leur contraception. Mais ce choix comporte des risques dont elles doivent être informées de manière claire, éventuellement par des tests de dépistage appropriés.

Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’études statistiques concernant la relation entre la prise de la contraception hormonale et les cas d’embolie pulmonaire fatals ou à l’origine de séquelles plus ou moins graves pour les jeunes femmes de 15 à 35 ans.

Pourquoi est-ce une évidence pour le monde médical ?

Mais surtout pourquoi cette non-information de la population ? Manque d’intérêt(s) ! ??

La vie de Delphine est définitivement détruite, mais celle de Fabien est lourdement amputée de tous les projets que Delphine et lui construisaient. L’avenir de Delphine était celui de Fabien : leur travail, des enfants sans doute, une maison comme celle qu’ils venaient de louer, entourés des animaux qu’elle chérissait tant.

Quant à nous ses parents, notre vie s’est effondrée, s’est fissurée face à cette absence définitive. Delphine, deuxième de nos trois filles était un pilier essentiel de notre famille par sa présence apaisante et stabilisante.

Alors nous souhaitons agir pour que ce risque qui peut concerner de nombreuses jeunes femmes sous contraception orale, soit enfin pris en compte et fasse l’objet  d’études et de mises en garde sérieuses.

Pour nous et pour Fabien  il restera le souvenir de son sourire et de tant de moments partagés.