Stéphanie, 38 ans, Victime d’embolie pulmonaire, Jasmine

Bonjour,

Suite à une émission dans laquelle votre association était citée, je prends contact pour vous livrer mon témoignage .

Déjà maman d'un petit garçon, j'ai après la naissance de ma fille en 2009, demandé à mon généraliste de me prescrire Jasmine, ayant entendu dire que cette pilule présentait également des intérêts dans le cas de petits soucis d'acné ; mon médecin me l'a prescrite, ma gynécologue a également renouvelé la prescription .

En septembre 2011, j'ai ressenti une gêne au niveau de la poitrine, et j'ai demandé un rendez-vous à ma gynécologue ( je pensais à un problème au sein puisque j'ai un kyste qui a été contrôlé régulièrement ) ; mon rendez-vous était fixé deux semaines plus tard ; la gêne s'est transformée en douleur ; puis j'ai commencé à avoir des difficultés respiratoires ; j'ai contacté ma généraliste qui m'a fait venir d'urgence et m'a fait un électrocardiogramme qui s'est avéré normal ; elle m'a envoyée chez une cardiologue que j'ai vue deux jours plus tard ; celle-ci m'a dit qu'on ne faisait pas de scanner si rien n'était suspecté, et m'a fait une échographie ; elle m'a prescrit une prise de sang pour des D-dimères ; l'après-midi même j'ai fait la prise de sang ; en fin d'après-midi la cardiologue me laissait un message sur mon répondeur me demandant de faire dans les 48 h un scanner, et de rechercher l'ordonnance au cabinet ; j'ai demandé à la secrétaire à voir la cardiologue et ai demandé s'il s'agissait d'une suspicion d'embolie pulmonaire ; elle m'a dit oui ; je lui ai dit que j'étais seule à la maison avec mes enfants, mon mari en déplacement et lui ai demandé s'il était urgent de faire ce scanner ; elle m'a demandé de m'adresser aux urgences de l'hôpital et de prévoir un mode de garde pour mes enfants le temps de faire l'examen ; elle se voulait rassurante je pense, mais peut-on, pour ne pas inquiéter, mettre en danger la vie d'autrui ?

Je suis rentrée à l'hôpital le soir même et le verdict est tombé : embolie pulmonaire ; on m'a prescrit une batterie d'examens afin de rechercher la cause éventuelle de cette embolie ; la cardiologue de l'hôpital m'a dit que l'embolie pouvait être un révélateur de cancer et j'ai eu des examens gynécologiques effectués dans ce sens ; j'ai également eu un bilan d'hémostase complet ; ma généraliste pour doser l'anticoagulant me prescrivait des prises de sang quasi quotidiennes et modifiait tout aussi fréquemment les dosages : je viens il y a quelques semaines à peine de terminer l'ensemble des examens .

Deux ans de ma vie rythmés par la prise d'anticoagulants et les contrôles , l'attente, l'angoisse de multiples examens visant à rechercher des causes à cette embolie alors que finalement depuis le début il s'avère qu'on m'a prescrit cette pilule en sachant qu'il y a des antécédents de phlébites dans ma famille ; en sachant que j'avais déjà consulté pour des problèmes d'insuffisance veineuse .

Deux ans pendant lesquels mes enfants ont vu une maman inquiète qui "allait chez le docteur ou à Paris vérifier que tout va bien " , des périodes d'angoisse où ma fille vraiment insouciante et très à l'aise jusqu'alors a développé une phobie de l'eau et une angoisse de la séparation puisque je les avais laissés chez une amie le temps de faire des examens à l'hôpital et que je n'en suis pas revenue . Deux ans de peur de mourir, de laisser mes enfants .

En voyant et entendant tout ce qui se dit autour des pilules de 3 et 4 ème générations, je ne peux pas comprendre comment des médecins ont pu commettre de telles erreurs .
Je suis révoltée également parce que je traversais une période difficile au moment de l'embolie – décès d'une personne très proche – et que la généraliste et la cardiologue ont mis beaucoup sur le coup du stress, la généraliste l'a mentionné sur le courrier destiné à la cardiologue et la cardiologue a tenté de me rassurer sur le plan "psychologique" ; quoi qu'il en soit, la généraliste ne m'a pas prescrit la prise de sang des d-dimères immédiatement, et la cardiologue me demandait de prévoir un scanner dans les 48 H ; toutes deux auraient laissé une maman seule chez elle avec ses deux enfants, avec une suspicion d'embolie pulmonaire, sachant que je n'avais pas de famille sur place et que mon mari était en déplacement, simplement pour me "ménager" ;

Ma généraliste s'est excusée quand je l'ai revue me disant que l'embolie était leur bête noire et me montrant que rien ne pouvait laisser suspecter l'embolie lors de l'examen . Ne manquait que cette prise de sang .

C'est rassurant de ne pas se sentir seule mais aussi terriblement anxiogène de se dire que les victimes ont été aussi nombreuses ; j'essaie de dépasser tout cela, pour mes enfants .