Céline, 40 ans, Victime d’un AVC, Jasminelle

Oserai-je dire que j’ai eu de la chance ?
Ce soir de décembre 2009, je m’apprète à franchir vaillament le cap des 40 ans. Je suis chez des amis, avec mon conjoint, et on passe une soirée tranquille bien sympathique.
Le choc des 40, je l’ai pris de plein fouet.
Je me sens soudainement vaseuse, étrangement épuisée, et je me rends compte que tout mon côté gauche est en train de disparaître…
J’ai compris ce qui m’arrive, et ai le réflexe de demander à ce qu’on appelle les secours. De la chance, oui, j’en ai eu. J’avais quitté ma rase campagne Basque, ma maison au bout d’un chemin introuvable au nom imprononçable, pour venir sur la Capitale passer ce soir que je voulais exceptionnel.
Il le fut à sa façon, et le restera.

Les pompiers furent sur place en 12 minutes. Le SAMU arriva 2 minutes après eux. Le salon de mes amis, dans lequel je me voyais en train de mourir loin de mes deux enfants de 4 ans 1/2 et 18 mois, était envahi de monde, de brancards. Le bruit des radios couvrait mes réponses incompréhensibles que j’annonais aux questions que me posait le médecin du SAMU.

Je suis non fumeuse, je ne bois pas d’alcool, je ne prends aucun traitement sauf la pilule Jasminelle depuis 6 semaines, après plusieurs années de Minesse.
Personne le relève ce détail, mais il est néanmoins noté dans mon dossier d’hospitalisation, à toutes fins utiles.

Les urgences AVC de la Pitié Salpêtrière ont un lit de disponible. Je suis évacuée dans le demi-heure. Une heure plus tard, je sors du scanner. Le diagnostic est confirmé : AVC hémorragique de la zone capsulo-lenticulaire droite.

J’ai de la chance, c’est une zone motrice qui a été atteinte. Le moteur, ça se rééduque avec beaucoup de volonté. Et j’en ai, de la volonté. Pas question que mes enfants me voient dans cet état.

Mes séquelles physiques sont aujourd’hui quasi-invisibles à un oeil non averti, mais elles demeurent et ralentissent mon quotidien.

Mes séquelles morales, elles, sont profondes.
Car non content de générer cette angoisse du coucher qui vous fait vous demander si vous vous réveillerez bien demain matin, cet AVC a fait fuir l’homme qui était supposé m’épauler dans l’épreuve. Le papa de mes enfants, phobique de la maladie, a profité de cette remise en question pour prendre la tangente et vivre pleinement sa crise de la quarantaine. Il m’a laissée, convalescente, avec nos deux enfants à gérer. Mon travail de cadre supérieur s’est envolé avec lui. Il était mon employeur depuis 10 ans…

Aujourd’hui au chômage en fin de droits, travailleuse handicapée, je me démène pour mener à bien les projets que j’avais échaffaudés, et pour la plupart j’y parviens.
J’ai une petite grande fille de 7 ans, et je compte bien la mettre en garde, lui expliquer. Pas question qu’elle traverse tout ça elle aussi.

Le combat de votre association, c’est celui des femmes qui ne veulent pas faire du saut à l’élastique sans connaître parfaitement les risques auxquels elles se frottent.
La position des lobbies pharmaceutiques, c’est celle du chauffard ivre qui vient de renverser un piéton, et qui reprend le volant en le laissant sur le bas côté, jusqu’au piéton suivant.

Arrêtons-les.