Carences de notre système de santé concernant la prescription de la pilule contraceptive

Analyse et recommandations

07/06/2011

http://www.avep-asso.org/

Association loi 1901 – Publication au JO Associations n°0024 du 13/06/2009 – N° SIREN : 518 398 565 0011

Avant-propos
Pourquoi l’association ?

Le 10 octobre 2007, notre fille Théodora, alors lycéenne de 17 ans, est décédée des suites d’une embolie pulmonaire massive déclenchée par la prise de la pilule contraceptive Mercilon. Elle avait commencé à prendre la pilule 2 mois et dix jours plus tôt, grâce à une prescription du planning familial du 1er août 2007 dont nous avons pris connaissance 2 jours après son hospitalisation, et 2 jours avant son décès.

Après sa disparition nous avons été informés qu’elle était porteuse de plusieurs anomalies génétiques du sang : « les facteurs V et II de Leiden ». Ces anomalies génétiques sont des maladies de l’hémostase qui entraînent une hypercoagulabilitédu sang notamment sous l’effet de facteurs environnementaux tels que la prise de la pilule contraceptive. Identifiées par la médecine depuis plus de 15 ans pour les plus récentes, ces anomalies sont inconnues du grand public, alors qu’elles toucheraient 8 à 10% de la population générale (toutes anomalies confondues) soit potentiellement 6 millions de Français (source : INSERM, décembre 2001, et thèse de médecine de Claire Jouvet, mars 2004). Et parmi les victimes d’embolie pulmonaire (100.000 cas par an dont 10 à 20.000 mortelles), 30% à 35% seraient porteuses du facteur V de Leiden (source : INSERM décembre 2001 et Haute Autorité de Santé (HAS), 2006). Pourtant ces facteurs et les autres anomalies d’hypercoagulabilité génétiques de l’hémostase étaient considérés jusqu’en 2009 comme des « maladies rares » dans notre pays…

Alors que nous sommes à l’ère de l’information massive, dans un pays qui prône le principe de précaution, cette absence totale d’information du grand public et mais également du corps médical sur ces anomalies largement répandues nous a déterminé à réagir. Que de nos jours des jeunes filles, des femmes, puissent mourir par manque d’information est pour nous intolérable.

Nous avons créé l’AVEP (Association des Victimes d’Embolie Pulmonaire) car nous refusons la fatalité, nous refusons que la mort de notre enfant soit « une perte acceptable » car ce drame, ainsi que bien d’autres dont nous avons par la suite pris connaissance dans le cadre de notre démarche, auraient pu être évités.

Le but de notre association est donc d’informer sur ces anomalies et les risques encourus lors de la prise de la pilule contraceptive. Et d’obtenir des pouvoirs publics une meilleure prise en charge des femmes et plus particulièrement des jeunes filles mineures.

La prescription de la pilule en France

  1. Exposé et analyse

Précisons d’emblée que nous ne faisons pas ici un réquisitoire contre la pilule contraceptive, loin s’en faut. Nous reconnaissons tout à fait son utilité et ses bienfaits mais préconisons une utilisation éclairée et adaptée de ce médicament qui a coûté la vie à des jeunes filles et à des femmes dont le seul tort était d’être amoureuse.

Le sens premier du serment d’Hippocrate est « tout d’abord ne nuire en rien ». Nous inscrivons notre démarche dans cette lignée.

  1. Les risques liés à la prise de la pilule contraceptive

La pilule contraceptive est un médicament qui peut avoir des effets graves et mortels sur toutes les femmes qui l’utilisent, et à plus forte raison sur les porteuses d’anomalies génétiques du sang.

7 millions de femmes utilisent les contraceptifs oraux en France (source : site web du Planning Familial). Si certaines femmes ont connaissance de leurs antécédents familiaux, la grande majorité l’ignore. Parmi les utilisatrices de la pilule il y a fort à parier que plusieurs centaines de milliers encourent un risque grave sans en avoir conscience. Les porteuses d’anomalies de l’hypercoagulabilité ne devraient jamais utiliser la pilule contraceptive (cette contre-indication est signalée sur les notices de la pilule).

Or il n’y a pas de dépistage systématique, ni proposé, ni suggéré par les médecins prescripteurs. Seules quelques questions suffisent à délivrer le sésame souvent tant attendu par les jeunes filles. Si l’on s’en tient aux recommandations de l’INSERM, de l’ANAES, ou de la HAS en matière de dépistage, ce dernier est nécessaire quand un à deux décès a été constaté dans la famille…

La prise de la pilule contraceptive est la cause de nombreux décès en France. La grande majorité des médecins, le personnel du planning familial ainsi que les laboratoires pharmaceutiques clament à qui veut l’entendre que c’est rare et quand cela arrive c’est par « manque de chance ». Comment peut-on affirmer cela alors que les décès par embolie sous pilule contraceptive ne sont pas répertoriés puisqu’il n’y a pas de statistique officielle! 

Or non seulement ce n’est pas rare, mais c’est très fréquent (environ 30 par an par CHU selon un médecin du CHU de Saint Etienne), multiplié par le nombre de CHU, l’ampleur du phénomène n’est pas négligeable. Seulement ces décès sont « camouflés » par le corps médical sous des appellations de problème cardiaque ou veineux. Il faut dire qu’une partie non négligeable du corps médical ignore l’existence même des anomalies d’hypercoagulabilité, connues depuis 1974 pour certaines et 1994 pour d’autres.

Le sujet de la contraception orale est bien entendu hautement sensible, tant sur les plans politiques que sociaux. Surtout quand on prend l’angle des « méfaits » de la pilule. Le terme de « contre-indications » est sans doute plus adapté, plus politiquement correct face à la manne financière que la pilule représente pour les laboratoires pharmaceutiques et aux arguments des associations féministes totalement fermées au caractère médical du traitement en question. Quant au débat sur les grossesses non désirées et l’avortement, la pilule contraceptive est loin d’avoir résolu ce problème.

Récemment nous avons été profondément choqués par l’affaire du Mediator. On estime entre 500 à 2.000 le nombre de décès dus aux Mediator en 33 ans. Toute la classe politique et les médias crient au scandale et on cloue Servier au pilori en criant « Servier assassin ». Mais alors que dire de la pilule contraceptive dont le nombre de décès par embolie pulmonaire est estimé à largement plus de 1.000 par an, et ce sans compter les décès par AVC ou cancer également provoqués par la prise de la pilule ?

Nous avons par ailleurs remarqué qu’il n’y avait plus de statistique sur les décès par pilule dans notre pays depuis 1966. Dans le dossier médical de ma fille on a noté « problème veineux » mais pas d’embolie pulmonaire et la pilule n’est pas mise en cause. C’est lors du recours devant la CRCI (Commission Régionale de Conciliation et d’Indemnisation des accidents médicaux) du Rhône qu’on a reconnu la responsabilité de la pilule contraceptive.

Enfin, rappelons qu’à ce jour la pilule est englobée sous l’appellation « méthodes contraceptives » et non comme un médicament… une nuance non négligeable.

  1. Un défaut tragique d’information… des patients et des médecins

Actuellement l’information concernant les risques liés à la pilule n’est pas communiquée clairement aux patients.

La majorité des médecins prescripteurs ne prend pas suffisamment le temps d’expliquer les dangers et les symptômes graves qui doivent alerter immédiatement la patiente ; ils ne parlent que du préservatif, du sida et de la cigarette (selon les recommandations de l’ANAES, de l’INSERM et de l’INPES).

Dans notre cas, notre fille a pris la contraception par l’intermédiaire du planning familial et n’a jamais reçu les précieuses informations qui auraient pu lui sauver la vie. Lorsque les symptômes d’embolies sont survenus, elle n’a pas su interpréter ni comprendre le degré d’urgence de son état. L’ignorance de cette prescription au sein de la cellule familiale ne nous a pas permis de l’aider de façon adaptée non plus.

Vous conviendrez qu’une adolescente de 15 ans ne comprend pas ce que signifie une embolie ou des maladies de l’hémostase et beaucoup d’adultes n’ont plus. De plus les symptômes ne sont pas suffisamment mis en avant sur les notices, d’autant plus que pour les adolescentes, la plupart des contre-indications concernent les fumeuses et les femmes de plus de 35 ans.

Il faut donc revoir l’information sur la contraception qui n’est plus considérée comme un traitement médicamenteux comportant des risques mais comme un traitement de confort banalisé.

Il est important aujourd’hui qu’il y ait une véritable prise de conscience du corps médical concernant la prescription d’un traitement contraceptif, sans tabou, avec honnêteté, humanité, humilité et responsabilité, des qualités que l’on retrouve malheureusement de moins en moins dans le corps médical d’aujourd’hui. Plus généralement, quand on regarde les statistiques de décès par cause médicale dans notre pays il n’y aucune raison de pavoiser. Et contrairement à ce qui est dit, ce n’est pas uniquement par manque de moyen, mais aussi par manque de compétence et de formation continue pour une vraie remise à niveau dans un domaine qui évolue en permanence.

La prescription de la pilule en France
2. Nos recommandations

 

  1. Améliorer la prise en charge des jeunes filles

La loi Aubry (loi relative à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception, #29 2001.06.28 ; texte intégral de la décision n° 2001-446 DC – 27 juin 2001 en annexe) a permis à une simple association loi 1901, le planning familial, de supplanter l’autorité parentale et de prescrire la pilule à des mineures sans le consentement ou l’information des parents. Nous contestons cette loi dans sa forme notamment puisqu’il n’y a aucun garde-fou pour protéger les jeunes filles mineures. Le planning familial ne remplit pas son rôle d’information et de prévention auprès des jeunes femmes. Il est devenu un distributeur mécanique de la pilule, sans précaution médicale (contrairement aux propos de Mme Martinet, Directrice du Planning Familial, avec laquelle je souhaiterais pouvoir débattre), voire un relai des laboratoires pharmaceutiques puisqu’un seul type de pilule y est prescrit, celles de 3ème génération, qui sont offertes par les laboratoires… mais trois fois plus emboligènes.

C’est pourquoi nous demandons que des modifications soient apportées à la loi Aubry, car cette loi n’a mis en place aucun garde-fou, et que le principe de précaution soit appliqué à toutes les jeunes filles mineures. Madame Aubry est fière de cette loi et se vante de ses bienfaits pour la jeunesse. Mais une fois de plus elle pourra s’en sortir en répondant qu’elle est responsable mais pas coupable…

Nous encourageons par ailleurs la révision des recommandations de l’INSERM, de la HAS et de l’ANAES en ce qui concerne la prise en charge des jeunes filles mineures qui n’ont pas le consentement parental. L’INSERM recommande de pratiquer un bilan génétique dès la deuxième MTE (Maladie Thromboembolique) chez l’adulte jeune, sauf que ma fille n’a pas eu le temps de faire une deuxième MTE, la première l’a emportée en 4 jours ! Il faut savoir que 90% des décès par embolie pulmonaire surviennent dans la période inaugurale.

Nous voulons qu’une recherche d’anomalie d’hypercoagulabilité soit effectuée sur toutes les jeunes filles mineures qui sont prises en charge par le planning familial pour la prescription de la pilule contraceptive. Et nous suggérons que les laboratoires en prennent en charge le coût financier puisqu’ils sont les premiers bénéficiaires de la vente des pilules. Un dépistage coûte environ 80€.

Nous demandons une information claire à tous les niveaux de la société sur l’hypercoagulabilité et les risques liés à cette pathologie. Une part très importante du corps médical et paramédical ignore totalement l’existence même de cette pathologie.

Nous demandons également un suivi mensuel des jeunes filles, et non pas tous les 6 à 12 mois comme c’est souvent préconisé par les autorités de santé alors que le décès peut survenir 2 ou trois mois après la prise de la pilule. Une meilleure prise en charge pourrait également être d’identifier un adulte référent formé à qui la jeune femme pourrait s’adresser (l’infirmière du lycée, le médecin scolaire ou le médecin de famille).

Nous demandons l’interdiction de donner des contraceptifs de la troisième génération en première intention compte tenu de leur dangerosité accrue (source HAS 2010) bien qu’ils soient fournis gratuitement par les laboratoires pharmaceutiques.

Enfin, nous demandons que la responsabilité du planning familial soit engagée lors d’un dysfonctionnement avéré suite à une prescription de la pilule.

  1. Informer, informer et encore informer

Nous réclamons tout d’abord la mise en place de statistiques pour les décès par embolie pulmonaire, AVC ou cancer sous pilule contraceptive. Ces risques sont toujours minimisés par le corps médical, et ils portent pourtant une lourde responsabilité. Tous les laboratoires savent par exemple que les pilules de la troisième génération sont 3 fois plus emboligènes que celles de deuxième génération (voir document HAS 2010).

Nous préconisons l’obligation d’informer sur les risques de la contraception orale, les symptômes d’embolie pulmonaire et de phlébite pour tous les intervenants en milieu scolaire, notamment dans les lycées et collèges. Et les mêmes obligations d’information aux médecins gynécologues lors des consultations et ce quelque soit la personne, jeune femme ou jeune fille. Et nous demandons des possibilités de sanctions si l’information est défaillante. Nous demandons également que les documents fournis par le Conseil Général (par exemple les agendas scolaires) ou les revues du dossier familial dans les rubriques contraception fassent mention des symptômes de l’embolie pulmonaire ainsi que des effets secondaires de la pilule et les contre-indications relatives à ce médicament.

Nous réclamons des émissions télévisées médicales (et la possibilité de pouvoir témoigner à ces émissions) au même titre que les autres pathologies. Nous n’avons malheureusement pas la force de frappe ni les moyens suffisants pour lancer de vastes campagnes d’information via les médias ou directement dans les écoles qui pourraient permettre de sauver de nombreuses vies. Mais disposer de fenêtres à la télévision et dans la presse nous aiderait déjà à partager une information vitale.

Nous souhaitons participer aux commissions de recommandations de l’INSERM, de l’ANAES ou de l’HAES concernant la prescription des contraceptifs oraux au même titre que les autres associations, comme le Planning Familial par exemple.

***

En synthèse, nous ne demandons pas l’abolition de la contraception orale mais un accompagnement médical sérieux pour toutes les jeunes femmes désirant prendre la pilule, et une information honnête et responsable sur les risques liés à ce médicament.

La vie ne prépare en rien à l’épreuve que notre famille a traversée, et si nous pouvons épargner à d’autres familles de vivre une telle tragédie nous en éprouverons un grand soulagement. C’est pourquoi nous attirons votre attention sur ce sujet méconnu et politiquement incorrect, mais qui, nous l’espérons, saura vous faire réagir.

La prescription de la pilule en France

Annexe

Risques liés à la pilule contraceptive – Estimations chiffrées

Nota : « 100.000 années femmes » = 100.000 femmes par an

100 000 cas d’embolie par an et environ 20% de décès. Soit 54 décès par jour.

Estimation du risque de décès pour 100.000 femmes

Sources : INSERM2001, ANAES 2006et thèse de Claire Jouvet2004 NANTES

Application des ratios à la réalité française

En France 7 millions de femmes utilisent la pilule contraceptive, réparties ainsi :

En synthèse, parmi les utilisatrices de la pilule (2ème et 3ème générations) :

Avec ce calcul rapide, on approche les 1.000 décès par embolie sous pilule par an, calcul qui exclut les AVC et les cancers ainsi que les victimes d’embolie pulmonaire qui survivront mais avec un handicap plus ou moins lourd.